La réponse courte est : non, il n’est pas trop tôt pour consulter en orthophonie. L’identification du bégaiement et une prise en charge appropriée peuvent diminuer les impacts à long terme du bégaiement sur le plan personnel et social.

La réponse longue comporte deux volets, soit : 1) la distinction entre le bégaiement et les disfluidités non bégayées à l’âge préscolaire et 2) la prise en charge orthophonique à l’âge préscolaire.

La distinction entre le bégaiement et les disfluidités non bégayées à l’âge préscolaire.

Dans un premier temps, l’orthophoniste évaluera la parole de l’enfant afin de déterminer s’il s’agit de disfluidités non bégayées liées à l’acquisition du langage ou bien de bégaiement. Il analyse plusieurs paramètres par exemple le nombre de répétitions, la fréquence des disfluidités et leur type. Brièvement, une disfluidité peut être définie comme une interruption survenant dans la parole.

Les disfluidités non bégayées

De nombreux enfants âgés de 2 à 6 ans ont une période où leur parole est moins fluide en raison du développement de leur langage et de leur parole. Ils apprennent à formuler des phrases de plus en plus longues et complexes. Cet apprentissage peut également interagir avec d’autres facteurs et entrainer une parole moins fluide. Il peut s’agir de certains contextes conversationnels où le tour de parole est plus difficile à obtenir (ex. : à table ou en présence d’autres enfants) ou de certaines émotions vécues (ex. : la peur ou l’excitation).  

Les enfants dont les disfluidités sont considérées comme étant « non bégayées » peuvent par exemple employer des interjections (ex. : Je veux un… heu… ballon), réviser leurs phrases (ex. : Il est où mon… Donne-moi mon ballon) ou répéter des mots (ex. : Je veux un… un ballon). À noter que les répétitions « non bégayées » sont dites avec un débit de parole modéré à lent comme si l’enfant semblait réfléchir à ce qu’il allait dire. Lors de ces répétitions, il n’y a pas de tension ou de mouvements associés. De manière générale, l’enfant est rarement conscient qu’il a hésité, qu’il a révisé sa phrase ou qu’il a répété un mot.

La parole bégayée

Or, certains enfants d’âge préscolaire présentent bel et bien un bégaiement, et non des disfluidités reliées à l’apprentissage du langage et de la parole. En effet, le bégaiement apparait généralement entre 18 mois et le début de la puberté, mais plus souvent entre 2 et 4 ans, et plus particulièrement juste avant 3 ans. La parole bégayée est caractérisée par la présence fréquente de disfluidités « typiques du bégaiement » comme les blocages, les prolongements audibles, les répétitions de mots d’une syllabe et/ou les répétitions de parties de mots. Il peut aussi y avoir présence de tension et de mouvements associés dans la parole.

La prise en charge orthophonique à l’âge préscolaire

Suite à l’évaluation, si l’orthophoniste conclue à la présence de bégaiement, iel peut : 1) débuter l’intervention immédiatement ou 2) documenter l’évolution de la parole de l’enfant pendant un certain temps puisqu’il se peut que le bégaiement disparaisse naturellement, sans intervention. Or, si les difficultés liées au bégaiement ne diminuent pas, l’orthophoniste commencera l’intervention.

Le choix d’intervenir immédiatement ou non à l’âge préscolaire s’appuie sur différents facteurs comme les antécédents familiaux de bégaiement persistant ou non, le genre de l’enfant, la présence ou non d’autres difficultés et leur nature, etc. À titre informatif, s’il y a présence de bégaiement persistant dans la famille, les probabilités qu’il continue de bégayer sans intervention orthophonique sont d’environ 65 %. L’orthophoniste pourra choisir d’intervenir rapidement si l’enfant est dérangé par son bégaiement, si iel se sent moins à l’aise de parler ou si ses parents sont inquiets à ce sujet. De manière générale, il est recommandé qu’un enfant ayant commencé à bégayer avant l’âge de 4 ans entreprenne un suivi orthophonique avant qu’il n’ait 5 ans. En effet, selon certaines études, l’intervention pour réduire les difficultés liées au bégaiement serait plus efficace chez les enfants de moins de 6 ans.

En ce qui a trait à l’intervention orthophonique, peu importe la façon dont le bégaiement se manifeste chez l’enfant d’âge préscolaire, le parent sera impliqué. L’objectif sera d’améliorer la fluidité, de s’assurer que l’enfant soit le plus à l’aise possible de s’exprimer et qu’iel ait du plaisir à communiquer. De plus, des stratégies d’hygiène de communication pourront être enseignées aux personnes significatives dans la vie de l’enfant comme ses parents et son éducatrice en milieu de garde. Par exemple, il pourra leur être recommandé de respecter les tours de parole, de s’adresser à l’enfant en lui parlant plus lentement, de se concentrer sur le message qu’il veut transmettre plutôt que sur la manière dont il le dit, de le laisser terminer son moment de bégaiement, plutôt que de terminer un mot ou une phrase à sa place, etc. Dans tous les cas, l’orthophoniste pourra guider le parent dans l’intervention la plus pertinente selon les besoins individuels de l’enfant et de sa famille.

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Vous avez une question? Merci de la faire parvenir à l’adresse courriel suivante : info@abcbegaiement.com

Au plaisir de vous lire,

Stéphanie G. Vachon, orthophoniste et membre de l’ABC

Merci à Judith Labonté, orthophoniste et membre de l’ABC, pour sa relecture